Quelle est la perception de soi lorsqu’on naît intrus ? La notion d’intrusion n’est pas une perspective dont les membres de l’être dominant du lieu donné puissent réellement jouir. Oui, plus d’une personne s’est probablement sentie intruse un jour. Il s’agit ici d’une réalité que « nous » connaissons tous. Mais que se passe-t-il lorsqu’il s’agit de votre essence-même que l’on rejette ? Que se passe-t-il lorsque la raison de votre propre rejet est basée sur une décision arbitraire qu’est votre être originel ? La raison de cette discrimination ne repose que sur le hasard de la vie : nous ne choisissons rien concernant l’amas de cellule que compose notre corps. La naissance n’est qu’une décision ancestrale – trop – proche imposée sans que nous n’ayons mot à dire. Il s’agit ici d’une réalité dure à recevoir, bien que certains se retrouvent séduits face à la promotion d’une forme de fierté attribuée au hasard de la vie.

Je n’ai jamais cru en qui que ce soit. Je doute de ton existence-même. De surcroît, ma propre personne m’est douteuse. Si je ne suis capable de croire en moi, pourquoi aurait-il une meilleure estime de toi ? De vous ? De lui ? D’eux ?

Nous parlons de cette espèce de horde brutale et amoureuse autour de ces tables abruptement rassemblées pour agréger ces corps étrangers en une espèce de masse de membres inconnus formant une sorte d’ensemble soi-disant synthétique. La définition-même de la claustrophobie. Leur essence m’est perdue alors que je réalisais que rien d’autre ne comptait sauf la représentation qu’ils en avaient d’eux-mêmes. Tout comme ma propre personne ne dépendait, au final, que de la propre perception que j’en ai.

Qui suis-je ? Qui es-tu ? Qui sont-ils ? Je m’amuse à déconstruire leur être en réalisant alors que, indirectement, ma propre personne est disséquée, démembrée jusqu’à ses moindres ramifications. Une lèvre par-ci, un crâne par-là, une constellation qui tourne au-dessus de sa tête sans qu’elle ne réalise qu’elle est l’épicentre de cet axe. Mais elle-même souhaite ne pas vouloir asseoir ce rôle. Pourtant elle l’habille entièrement. Elle l’incarne parfaitement. Elle le lui appartient. Le choix ne s’est attribué qu’injustement à sa personne. Pauvre fille. Et pourtant elle réside là. Assise, patiemment, sur cette chaise en faux chêne concassé, pendant que les autres lui tournent autour. Littéralement.

Te sens-tu étant membre de la part populaire et dominante ? Oui. Non. Peut être. Un peu. Trop. Pas assez. Injustement. Tu n’en sais rien. Vous n’en savez rien.

Pourtant, je reste assis-là. Je regarde, et j’attends. Et je l’attends.