Joe Pesci

La crapule Marciano est de retour aux affaires. La peste au bout de la langue, le petit rat des égouts est sorti des noirceurs souterraines de la ville. Le museau levé vers le soleil pâle, il aspire l’air nauséabond de ces rues plus sales que le fond de sa tanière. Caché, il n’est en réalité jamais sorti du business. L’air acide s’évaporant de cette voix nasillarde s’en vient resalir les murs de ces rues aux immeubles effondrés, au plus grand bonheur des dealers et gangsters sevrés de leur dope marcianesque.

L’ambiance vaporeuse s’échappe dès les premières secondes. Les basses n’existent pas. Les basses nous ramènent sur terre. Marciano a choisi de nous faire planer. Il nous soulève, au carrefour d’une rue brumeuse, la main autour du cou, nos jambes gesticulantes à la recherche du sol, le souffle court, les yeux injectés de sang, face au silence de cette voix au calme assourdissant.

Marciano vit la nuit. Un homme de l’ombre, qui ne rappe pas pour le live. Un homme de studio. En effet, qui se risquerait à programmer le petit truand sur scène ? Marciano n’est pas là pour faire le show. Sa musique s’adresse à l’individu isolé, loin du soleil, loin de la joie et du bonheur. Il construit sa notoriété loin des projecteurs. La démarche est assez étonnante pour un artiste musical. D’un point de vue concret d’abord ; rapper est un art direct et vivant. Les premières battles se faisaient à l’extérieur, entourées d’une foule importante. Pareil pour les premiers MCs animant les premiers sounds systems. Rapper, c’est écrire des textes dans sa chambre et les scander à l’extérieur, seul endroit où la reconnaissance de la plume était possible. Du moins à l’époque.

D’un point de vue pécunier ensuite. La vente de disque ne rapportant plus d’argent aux artistes aujourd’hui, depuis l’arrivée d’internet et du téléchargement, les artistes moins médiatisés que les grosses pointures trônant en haut du rap game se doivent de passer par le live afin de pouvoir vivre de leur musique. De ce fait, Marciano prend à contre-pied deux notions essentielles des rappeurs plus « underground » d’aujourd’hui, à savoir proposer un rap non scénique.

L’intérêt s’en ressent ainsi dans l’ambiance. Une cohérence maximale est ainsi portée à la musique. Pour survivre dans cette démarche marginale, la qualité du met musical se doit d’être cuisinée à la perfection. Ça tombe bien, Marciano est derrière chaque fourneau. La plupart des productions sont produites par le chef lui-même. Trois featurings seulement, dont le morceau « Corniche » concoté avec le plus grand chef cuisinier du rap, Bronson, pour une entrée savoureuse et gustative. Le reste de la production est imprégné de sonorité pop et soûl, teinté d’une froideur glaciale où la lenteur du rythme accompagne cette même lenteur vocale et oppressive, qui confère encore aujourd’hui à Marciano son titre de plus grande crapule du rap game.

Avant l’arrivée des beaux jours, où l’ambiance sera à la joie et la gaieté, profitons des derniers jours maussades et pluvieux d’un début de printemps cafardeux pour tirer une dernière latte avec ce vaurien de Marciano, enfoncé dans un gros canapé noir et crasseux, à l’écoute amollissante de cette voix de gospel criant sur le dernier morceau « Power », en observant la vitre mouillée derrière laquelle plane amèrement les nuages sombres. En espérant, après la pluie, que vienne le beau temps…

 

Tracklist:

  1. Respected
  2. Tent City
  3. Bohemian Grove (Feat. Knowledge The Pirate)
  4. Corniche (Feat. Action Bronson)
  5. CVS
  6. Saks Fifth
  7. Major League (Feat. Knowledge The Pirate)
  8. Bedspring King
  9. The Sauce
  10. Happy Endings
  11. Kill You
  12. 67 Lobby
  13. Muse
  14. Power