Rap souterrain

 -Mais c’est quoi, le rap « underground » ?

Question aussi vaste que les réponses qui lui sont généralement données. L’idée ici sera, non pas de poser une définition générale et immuable de ce terme, mais bien plutôt d’émettre un avis personnel sur ce sujet. Cette démarche s’explique par la trop grande complexité que serait celle d’oser s’aventurer sur le terrain dangereux des catégories rapistiques, celles-ci déchaînant les passions depuis maintenant bien longtemps. La réponse que nous tenterons d’amener par la suite sera donc totalement partiale. Parenthèse refermée.

Définir une idée au travers d’un ressenti s’avère être une tâche ardue. La juxtaposer avec un élément concret sera donc ici d’un grand secours. Et cet élément concret qui aura fonction de fil conducteur dans cette démarche d’explication sera donc cet album ; « Keeper of the Funk. » Pas uniquement à cause du nom honorifique porté par le groupe (autoproclamé les seigneurs de l’undeground, cette chronique pourrait déjà prendre fin ici) mais surtout car cet album est, à mon sens, l’illustration parfaite du terme « rap underground ».

Auditive d’abord. Underground signifie « souterrain ». C’est de là, sous terre, dans ces lieux obscurs, rongés par les rats, étouffés par la puanteur, qu’il tire sa source. Ce son venant des bas-fonds, ces basses sombres, cette tonalité teintée d’une noirceur que l’on retrouve dans d’innombrables albums des années nonante, ce son qui était sa marque de fabrique. Ni stoïque ni dansant. Non pas triste, mais angoissant. Souvent énervé. Mais pas seulement. Joyeux parfois. Mais joyeusement obscur.

Le flow, ensuite. L’underground, c’est aussi le métro. Il faut donc des bouches de métro. De celles qui tapent, qui cognent dur, qui réveillent, un peu comme le bruit métallique de ces engins crissant sur les rails pour disparaître alors dans les ténèbres. Ici, les cogneurs frappent en double. Mr Funke et DoltAll Dupré. Catégorie poids lourds. Le flow ne suit pas le beat. Il le dépasse, puis le tabasse. L’écrase.

« I go on beat… Of beat… Then jump right back on time, I drop another rhyme and talk about your fat ugly mama. »

Cette époque où les rappeurs venaient des battles, donc des freestyles. Peu importe l’instru. Ils la dominaient à chaque fois (Lil Yachty si tu nous entends… Ah non on l’excuse, il « n’est pas un rappeur »).

Ce qui nous amène alors au crew. 2 rappeurs, un beatmaker. Un ménage à trois, dont la complicité évidente se manifeste tout au long de leur 15 ans d’idylle. Cette connivence saute aux oreilles. Bien qu’accompagné par Marley Marl et K-Def à la production, c’est bien Dj Lord Jazz qui tient le gouvernail, à la tête du navire flottant au travers des eaux sombres et funky desquelles nous sommes embarqués.

Nous pourrions enfin conclure sur la démarche artistique là encore « undeground » de ces groupes, à la recherche d’une indépendance créative mais également dans le système de distribution du circuit musical. Pas d’internet à l’époque, les groupes se devaient de trouver une visibilité autre pour survire dans ce milieu. Outre les albums et vinyles, devenus pièces de collection pour certains, les concerts devenaient un des moyens principaux d’exposition et de revenus financiers. Cette proximité avec le public consolidait ces groupes dans leur image d’authenticité, et permet probablement d’expliquer en partie cette nostalgie de certains pour le rap « d’avant », non pas donc uniquement d’un point de vue musical ou lyrique, mais surtout d’un éloignement avec les artistes qui s’est opéré depuis l’explosion d’internet et depuis cette surmédiatisation dont le rap fait l’objet.

Ces éléments assemblés forment donc l’édifice sur lequel repose le rap dit « undeground ». Un son « poisseux », « poussiéreux ». Des milliers d’albums produits en 10 ans, certains aussi géniaux qu’inconnus. Des flows rapides et brutaux. Des baggys XXL et doo rags portés dans des clips en noir et blanc sur fond de ruelles new-yorkaises. Des scratchs aux refrains. Un balancement de tête d’avant en arrière incontrôlable. Le rap c’était mieux avant ? Non. Enfin, un peu, quand même…

Tracklist:

  1. Intro
  2. Ready or Not
  3. Tic Toc
  4. Keepers of the Funk (Feat. George Clinton)
  5. Steam from da Knot
  6. What I’m After
  7. Faith
  8. Neva Faded (Feat. Supreme C)
  9. No Pain (Feat. Sah-B)
  10. Frustrated (Feat. Sah-B)
  11. Yes Y’All
  12. What U See
  13. Outro